Mon Ultra Mirage El Djerid (UMED) 100km 2018

C’est le genre de défi personnel qui te permet d’en savoir un peu plus sur toi. L’adage de Delphes nous incitait déjà : « Connais-toi toi-même.  » Oui, bien sûr mais comment ? Certains opteront pour des séances d’écriture ou de peinture, d’autres iront se challenger dans le désert. Et c’est ce qui m’est arrivée dimanche 30 septembre dernier. Et je n’étais pas seule. 120 coureurs dont 30 femmes (smiley grand sourire) ont pris le départ de l’UltraMirage El Djerid 100km, près de Tozeur dans le désert tunisien.

Quand j’ai annoncé que j’allais courir dans le désert tunisien, j’ai vu des mines renfrognées. Mes proches pensaient que c’était une lubie. « Mais, Nadia, tu n’as pas besoin de cela pour montrer que tu es forte. On le sait !  » Et puis, ma petite fille aussi enthousiaste et curieuse que moi qui me dit : » Maman, c’est génial ! On peut venir avec toi!  » C’est pour mes enfants et pour moi que je cours.

Avant le départ, à l’hôtel Ras El Ein

J’arrivais le jeudi soir avec Fadwa, Dalila et Adel. La base parisienne, Vincent Gaudin, reconnaissable à son grand chapeau, était parmi nous aussi. Nous sommes arrivés tardivement à l’hôtel Ras El Ain et je ne raconte pas comment Fadwa et moi nous sommes perdues pour retrouver notre chambre. Ça commençait bien. Qu’est-ce que cela donnerait dans le désert ? Finalement, un adorable monsieur de l’hôtel nous accompagne. Il a dû voir que nous étions désemparées. Il est temps de se coucher pour profiter d’une bonne journée de repos.

Ma tête est en plein effervescence : j’ai trop de questions dans ma tête. Mais pourquoi me suis-je inscrite ? Je n’ai rien à prouver à personne. C’est sur ces belles paroles que je m’endormais plus paisiblement.

Le lendemain, je sens qu’il va bien faire chaud, rien qu’en sortant de la chambre. Lunettes de soleil sur le nez, nous nous dirigeons vers le petit-déjeuner. Je rencontre enfin Samir le Belge. Nous nous suivions sur Twitter et c’était drôle de se rencontrer In Real Life. Il était levé depuis 4 heures du matin et avait déjà fait le tour de la ville au petit matin. Il nous présente aussi les champions de l’année dernière Mohamed et Rachid El Morabiti. Très humbles. Et c’est cela que j’apprécie.

Nous restons entre le bar et la piscine, entre les interviews et les rencontres entre miragistes. Et surtout pour le wifi ! Je crois que le directeur de l’hôtel était content de nous voir partir pour profiter pleinement de son réseau wifi. 😉

Il est encore tôt et l’heure de récupérer nos dossards dans la grande salle du briefing. Les bénévoles nous expliquent tout super bien, nous donnent les dossards, les épingles, le document avec le parcours et les checkpoints, une boîte de comprimés de sel et de magnésium, les délicieuses barres de Daty et la petite lumière à accrocher sur son sac à dos à la tombée de la nuit.

J’ai le temps de prendre quelques photos avec les champions El Morabity et Samir. Nous rigolons mais au fond de moi, j’ai peur. Peur de ne pas y arriver, peur de prendre la ligne de départ. J’ai une boule au ventre mais j’essaie de me détendre. Et pourtant, il faudra bien se lancer. Le stress diminue au fur et à mesure que je m’approche de l’échéance.

Le briefing commence.

Amir Ben Gacem débute son speech en plusieurs langues. Il faut dire qu’il y a plus de 23 nationalités dans la course. Tout est clair et surtout, je suis rassurée de savoir qu’il y aura des balises très régulièrement. Il est temps d’aller faire un tour pour décompresser un peu.

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Et à un moment, nous décidions d’aller vers la médina. Nous partons et je ne vous raconte pas déjà le soleil qui tape. « 100 km ! Demain, on court 100 km ! » Cela deviendra vite l’ostinato de la journée.

Entre temps, nous prenons une calèche pour ne pas trop marcher. La balade est douce et amusante : Abdallah, notre cocher, nous apprend beaucoup de choses, nous rapporte des grenades et des dattes entre la palmeraie et les routes poussiéreuses de la médina. C’était aussi l’occasion d’aller déjeuner tard un couscous pour tenir.

Le départ de Mos Espa – Onj Jmal

Imaginez un départ avant le lever du soleil. Le village de l’UMED 100k est juste à côté du site du tournage de Star Wars. J’avoue, je ne suis pas fan de ces films mais j’en connaissais beaucoup qui rêveraient de passer un moment dans cet endroit mythique. Avant le départ, je reste sereine. Avec Fadwa et Samir, nous nous promenons entre les maisons. Un habitant nous présente son adorable fennec, mais je suis un peu peureuse. J’ai peur de me faire mordre et c’eût été dommage avant la course. Un bénévole nous appelle aussi pour nous demander si nous avions notre balise : élément indispensable pour que nos familles nous suivent mais surtout que l’organisation puisse nous suivre. Avant de venir, j’imaginais que j’allais courir seule sans trop savoir où aller mais Vincent et Christophe m’expliquait que je ne pouvais pas me perdre tellement c’était très bien balisé. Ouf ! Une inquiétude en moins ! Et pourtant, il m’en restait encore.

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6h59 et des poussières

C’est le compte à rebours. Pleine de joie. Mon objectif : le finir sans souffrance. C’est mon premier ultra et je n’ai pas envie de souffrir.

Le départ est lancé sous les acclamations des bénévoles et des coureurs. Je sais que je vais vivre un truc de fou ! Je le sens. Je reste derrière avec Samir et Fadwa qui m’accompagnent sur le parcours. Mais, je remarque Marisa, Feriel et Karl derrière nous. Nous serons la lanterne rouge mais quelle belle lanterne ! Cela me rassurait de voir des gens derrière moi. Je n’étais pas seule. Du moins, physiquement. Les voitures de l’organisation roulaient sur les côtés avec des journalistes et des médecins à bord. C’était tout aussi rassurant ! Avant le checkpoint, les journalistes nous encourageaient aussi. Vu le peu de monde qu’il y avait sur le parcours, je prenais ces encouragements pour les garder précieusement en moi.

La première partie semble facile. Nous sommes sur la piste et super frais, il faut se l’avouer. J’avance avec Fadwa. Je me dis qu’il faut avancer tranquillement. Samir alterne course et marche derrière nous. Le terrain est agréable et roulant si on peut dire ça. Fadwa doit m’accompagner jusqu’au prochain checkpoint. D’ailleurs, comme sa gourde fuyait ce matin, je lui ai donné ma gourde en acier, pas terrible pour courir avec mais au moins elle aura un litre d’eau. Je lui ai d’ailleurs prêté mon t-shirt rose, que j’avais en plus. On en a rigolé. Elle venait en touriste. Enfin, presque. Elle avait la base : les chaussures et le soutien-gorge. Elle savait qu’elle pouvait compter sur moi car j’avais presque tout apporté en double. Je commence à sentir les ampoules se former mais je me dis qu’au prochain checkpoint, cela devrait aller. La chaleur commence déjà à se faire bien sentir. Je passe d’un buff à une casquette pour mieux me protéger. Je me remets de la crème solaire sur le visage et les bras. Je n’oublie pas la nuque et les oreilles !

Premier checkpoint 20km – Ultra Mirage

Les bénévoles sont nombreux. Le médecin est présent et puis le pulvérisateur ! Le bonheur de se faire arroser ! Les bénévoles sont au petit soin avec nous, nous remplissent les gourdes, nettoient nos plaies et nous font rire.

Nous repartons fraîches mais un peu transpirantes quand même. Moment de symbiose totale avec la nature. Nous arrivons à une route goudronnée. Je me dis que ce n’est pas la partie plus glamour de la course. Les gens nous sourient, nous saluent et même nous proposent de l’eau. Puis une déviation vers le désert. Et c’est bien plus tard que nous regretterions cette route goudronnée ; a posteriori, surtout quand nous courrions sur les dunes.

Le désert peut sembler identique et pourtant chaque dune est différente, chaque gerboise ou touffe d’herbes, chaque petit scarabée. Et je portais mon attention sur chacun de ces éléments naturels. Je pense que j’essayais de m’accrocher mentalement à quelque chose. J’étais vraiment dans l’instant présent même s’il me semblait long. A un moment donné, le paysage se modifie et avec Fadwa, nous tombons sur un bel oasis, un havre de paix ! Elle me réclame un Coca bien frais à la vue de ce lac. Il faut dire que l’eau de nos gourdes était bien chaude. Idéale pour une infusion. Nous avions juste envie de retirer nos baskets et d’y plonger nos pieds. J’ai eu le plaisir de voir cela de près et c’était juste splendide ! Le soleil continuait de frapper mon visage et je tournais le tour de cou, de façon à ce que les rayons de soleil venant de droite ne me brûlent pas. Un peu de crème solaire aussi pour éviter les coups de soleil. Nous alternons entre silence et conversation profonde sur le rôle de la femme maghrébine en France. Vaste programme.

La chaleur et le sable rendaient le parcours très difficile. Nous avancions péniblement mais nous avancions. Je sentais que Fadwa avait mal mais elle ne disait rien par respect. Elle ne voulait pas se plaindre alors que j’en avais presque 50 km de plus à faire. Je le sentais et j’avançais. Je la remercierai par la suite. Elle, qui ne devait m’accompagner que jusqu’au 20ème kilomètre, n’a pas voulu me laisser et a continué avec bravoure jusqu’au checkpoint du 52,8 km. Elle l’a fait par amitié et je lui en suis super reconnaissante. Si elle avait eu le bon matériel, je suis certaine qu’elle aurait pu aller plus loin.

Avant le checkpoint, nous voyons une lumière scintillait au loin. J’avoue qu’on se posait des questions. Pourquoi un truc luisant au milieu du désert ? En se rapprochant un peu, c’était une coureuse anglaise qui ne se sentait pas bien. Elle était rouge écarlate, semblait avoir eu un coup de chaud. Elle se relève pour marcher un peu avec nous et heureusement qu’une voiture passait par là pour la récupérer. C’était limite.

Sur le checkpoint, j’entendais quelqu’un qui m’appelait. Je voyais Adel, perfusé. Il avait perdu connaissance et j’avais tellement de peine pour lui. Il était allongé. Impossible de continuer l’aventure. Et puis, Cédric, du site Trail Session, que j’apercevais avec un pansement au bras. Il me demande si j’abandonne. Je lui réponds avec le sourire que non. Je vais continuer. Sur le coup, je ne cherche pas à comprendre ce qu’il a. Mais après, j’apprends qu’il avait fait plusieurs malaises cardiaques. Heureusement, tout va bien. Les bénévoles sont toujours aussi adorables. Fethye, un coureur algérien, qui a abandonné, les aide : il me retire mes chaussures, enlève le sable. Un autre me retire les chaussettes. Mes ampoules sont horribles et me font mal. Un bénévole Khalid s’approche et me demande si je souhaite prendre ses chaussettes propres. Il a vu l’état des miennes et je crois qu’il a eu pitié de mes pieds.

 » Mais tu es sûr que je peux les prendre ? J’ai peur d’avoir mal après.

– Au point où en sont tes pieds. Et puis, mes chaussettes ont fait l’UTMB !

– Bon, ben alors ça change tout. Elles m’aideront à terminer ! »

C’est avec des pieds nickel et beaucoup d’émotion que je quittais les copains et Fadwa. Et pourtant, un bénévole insistait pour qu’elle continue ! Elle était raisonnable. J’allais être vraiment toute seule. Les bénévoles me préviennent qu’il y aura 10 km de dunes environ et qu’il fallait faire vite pour atteindre le prochain checkpoint.

J’y vais ! J’y vais ! Avec un bon rythme. Je suis bien. Je chante à tue-tête « je marche seule! » La seule chanson qui me vient à ce moment-là dans la tête. Et puis, là aussi, je reste concentrée sur chaque grain de sable. Je regardais derrière moi et je remarquais bien bien au loin Karl suivi de Marisa. Personne devant moi. J’étais seule ! Quelle impression de solitude et de plénitude ! Pendant longtemps, je ne trouvais personne sur ma route. Sauf les mouches qui me suivaient ou la même guêpe qui chantonnait à mes oreilles. C’était au moment où le soleil se couchait. Belle espérance pour moi de voir les températures descendre. C’était juste magnifique de voir ce coucher de soleil. Instant unique et magique !

Cela signifiait aussi que j’allais profiter d’une température plus clémente. J’apercevais ce beau soleil disparaître. Je cassais vite la petite loupiote donnée lors de la remise du dossard. Je l »accrochais à mon sac à dos pour permettre d’être vue. Je sortais ma lampe frontale. Elle fonctionnait impeccablement avant de partir. Or, quand j’ai tenté de l’allumer. Rien ! Juste un petit faisceau qui disparaissait progressivement. J’ai commencé à paniquer. Comment allais-je courir dans la nuit. Seule. Déjà que je suis une peureuse. Si en plus, je n’avais plus de lampe ! Je me retourne et je ne vois plus Karl : il a dû abandonner. Puis, je vois Marisa au loin. Elle a une lampe. Je décide de l’attendre.

Je dois avancer avec elle. J’en profitais pour me détendre les bras et les jambes, m’étirer. Je la voyais arriver : elle avait des bâtons et une lampe-torche hyper lumineuse. Je suis sauvée. A partir de ce moment-là, je décide de ne plus la lâcher et je décide de la suivre. Sauf qu’elle a des bâtons et un super rythme. Il va falloir tenir. Nous sommes les dernières et il est hors de question de nous laisser abattre. J’avais une peur viscérale de rester seule dans le désert sans lampe. Elle me dira par la suite qu’elle avait eu un coup de mou mais que ma présence l’avait aidée. A deux, nous étions plus fortes : je reconnaissais les balises de loin, elle avait la lumière. Notre rythme était cassé par les dunes mais nous avancions.

A plusieurs moments, je mettais le pied dans les terriers des gerboises. Je n’avais pas envie de me retrouver le pied totalement coincé. Dans ma tête, j’imaginais alors que des centaines de gerboises allaient sortir et m’attaquer. Je crois que dans ces moments là, mon esprit a bien déliré ! Et honnêtement, quand je les voyais se promener sur le sable, elles étaient tranquilles. Elles vivaient leurs vies. Chacun sa route, chacun son chemin.

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Arrivée au checkpoint 65 km, je me retrouvais Dalila et d’autres coureurs qui avaient pris le temps de se reposer un peu. Je changeais mes pansements. Elles ne me faisaient pas mal ou alors je ne sentais plus la douleur. Les bénévoles étaient aussi prévenants et me remplissaient les gourdes. Je prenais une dernière barre de dattes et noix de cajou. Je gérais l’alimentation. J’étais bien.

J’attendais Marisa pour repartir. La nuit était juste magnifiquement étoilée ! Je n’avais vu cela que dans mes livres. Quel bonheur de se retrouver dans un endroit si sublime! Finies les dunes ! Enfin, normalement. Le parcours ne devait être que de la piste. Je restais près de Marisa. Je me sentais en confiance. Nous avions bien vite avec un rythme soutenu. Je n’avais aucune douleur ni aux cuisses ni aux mollets. Les pieds avancent. Finalement, c’est comme si ma tête était détachée de mon corps : elle me disait d’avancer tout simplement. J’étais bien sereine. Le cardio était bon. Je le vérifiais régulièrement et tout en regardant ma montre, je fixais le bracelet jaune aux lettres noires de l’Ultra Mirage. Je le portais pour me rappeler pourquoi j’étais là. Je pensais à la douce Raya. Elle m’avait fait confiance. Je ne pouvais pas la décevoir. Mes pensées ponctuaient mes pas. Des pensées pour mes enfants, pour ma maman qui n’était pas au courant de mon aventure. Déjà, quand je pars courir 5km, elle se met dans un état pas possible alors un 100km, elle aurait confisqué mon passeport.

Je pensais à mes frères qui n’avaient bien fait rire avant le départ. La veille, sur le groupe WhatsApp familial, je pleurais de rire. Je pensais à mes ami(e)s du running qui m’encourageaient et surtout Sonia et Guillaume qui flippaient aussi mais qui me soutenaient à fond.

Je les gardais dans ma tête. Je courais pour moi. C’était très personnel tout cela ! Mais j’étais heureuse d’avoir été soutenue par mes proches et par ma jolie communauté autour du blog.

Retour sur la piste.

J’essayais de trouver un rythme régulier. Mais c’était impossible avec cette belle nature imprévisible : du sable alternait avec la piste. C’était plus facile que de courir uniquement sur du sable. Sur le chemin, nous ne voyons plus rien. La nuit. Nous retrouvions plusieurs concurrents assis sur les côtés qui abandonnaient. Leurs jambes n’avançaient plus. Nous savions qu’ils monteraient dans la voiture pour rejoindre le checkpoint suivant.

Dans ma tête, je ne voulais pas arrêter. Je discutais avec Marisa pour couper un peu la solitude de la nuit. A deux, cela permettait de passer le temps plus vite. Je regardais ma montre pour savoir où j’en étais. Plus de batterie. Je me fiais alors à la montre de Marisa. Je n’avais pas envie de lui demander sans arrêt :  » Combien de kilomètres nous reste-t-il ? » Je savais qu’à un moment elle me donnerait toutes les informations.

Le temps passe tellement plus vite quand il fait nuit. Je ne savais même pas quelle heure il était. J’observais juste la chance que j’avais d’être dans ce désert sous ces constellations. Quelle beauté ! Mes yeux en ont pris plein la vue. Je m’imaginais bien dormir à la belle étoile ! Mais pas maintenant. Il fallait aller vite pour nous rendre au checkpoint suivant. Notre rythme était assidu. Nous avons même bien couru pour arriver à l’heure au 80ème kilomètres. Quand je dis que nous avions les jambes et le mental, nous l’avions ! Nous nous approchions de ce fameux checkpoint. Mais nous ne voyions qu’une lumière au loin. Rien au 80ème. J’étais tout aussi étonnée que Marisa. « Mais, il aurait dû être ici normalement !  » m’écriais-je ! Elle confirmait. Sauf que comme c’est mon premier ultra, je ne savais pas comment cela se passait. Sur la carte, c’était écrit 80km, je m’attendais à 80km. Bref, nous avancions car quoiqu’il arrive il fallait le faire. Le pire était ce sable qui nous ralentissait. Le mental était bon! Il ne restait plus beaucoup de kilomètres avant la ligne d’arrivée !

Nous voyons la tente du checkpoint. La lumière nous redonne le sourire. Génial ! J’étais soulagée et ravie d’être là ! Plus que 18 km et voilà ! Et c’est largement jouable.

Sauf que.

Deux personnes arrivent en face de nous. Elles nous annoncent : « Vous êtes disqualifiées !  » Sincèrement, je pensais à une blague ! Nous avions dépassé la barrière horaire de quelques minutes. Je ne comprenais pas. Je retrouvais Dalila en larmes ! Elle aussi était disqualifiée ! Sur le coup, j’étais dégoûtée. Nous étions quatre femmes, nous aurions pu largement finir même dernières ! Ils ont refusé que nous repartions malgré nos arguments !

J’étais calme mais je leur ai dit fermement que ce n’était vraiment pas cool. J’avais les jambes et la tête encore plus ! Je me sentais capable de finir.

Rien à faire.

Nous sommes montées toutes les quatre dans la voiture, dépitées. Déjà que nous n’étions pas beaucoup de filles dans l’aventure, ils auraient pu nous laisser partir. Malgré cela, nous sommes arrivées au village. Forcément, nous nous sommes dirigés vers Amir, l’organisateur, pour lui raconter tout cela. Il nous accueillait et je pense qu’il aurait préféré nous accueillir différemment.

Amir avait super bien organisé la course avec son équipe. C’était nickel. Nous avions dépassé la barrière horaire même pour quelques minutes mais il fallait accepter cela. C’est le jeu.

Pourtant, au fond de moi, j’étais la plus heureuse. Heureuse d’avoir tenir 82 km sans souffrance. C’est énorme pour moi qui n’ai jamais dépassé plus de 42,195 km et jamais dans le désert. Une fierté soudaine s’emparait de moi.

Je suis allée voir une dernière fois les infirmiers pour les pansements, puis je suis allais prendre deux sandwiches pour le ravitaillement. J’en apportais un à Marisa, déçue et fatiguée.

Plus que la médaille, c’était la merveilleuse aventure intérieure entre moi et moi, que je recherchais et que je trouvais.

Je rentrais à l’hôtel Ras El Ein avec le grand sourire. Il y avait du monde et le restaurant était rempli de coureurs. Je ne cherchais que le bar pour avoir le wifi, rassurer mes proches et rentrer dans ma chambre. Je retrouvais Fadwa avec un grand sourire. Elle était persuadée que j’avais fini. Je lui racontais la suite. Elle était super fière ! Et elle m’avait pris un Coca zéro bien frais qui m’attendait dans le frigo. La récompense suprême !

Il fallait dormir mais dans ma tête, je me refaisais le film intérieur de ma journée. C’était difficile mais magique !

Quand je suis rentrée le lendemain, j’avais les larmes aux yeux. Autant sur la course, même lorsqu’ils nous ont disqualifiées, j’étais sereine, autant par la suite, les émotions remontaient toutes seules. Je fais partie d’une nouvelle famille. Je recommande vivement cette course Ultra Mirage El Djerid qui est une de mes plus belles expériences de course et de vie.

Je tenais à remercier Raya, Amir, Fadwa, Marisa, Dalila, Adel, Samir, Christophe, Vincent, Oriane, Cédric, Sébastien et Magalie, Shefia, sans compter les belles rencontres inoubliables des miragistes.

Et pour ceux qui veulent en savoir plus, lisez l’article de mon amie Fadwa, du Courrier de l’Atlas et la vidéo de Vincent Gaudin. Et quand il dit que c’est difficile, c’est vraiment difficile !

À très bientôt et encore merci de me suivre !

Nadia

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Publié par

Runneuse, hyperactive et parisienne, je profite de la vie comme il se doit! J'adore partager mes aventures sportives et parfois moins sportives.

12 commentaires sur « Mon Ultra Mirage El Djerid (UMED) 100km 2018 »

  1. Bravo pour ta course. C’est jamais facile d’affronter les barrières horaires. Mais c’est le premier, les prochains ultra seront les bons 🙂

  2. Je suis tellement fière de toi Nadia, tu es un exemple de détermination pour nous toutes ! Une lumière dans le désert ! Et je suis intimement convaincue que tu seras parmi les finish-euses en 2019 ! Allez rendez-vous l’an prochain ? Je t’embrasse, Raya

  3. Tu peux être fière de toi , quelle merveilleuse aventure
    Belle solidarité entre coureurs ( prêt de chaussettes etc..) c’est comme ça que j’aime ces expériences
    J’aimerais tant vivre un ultra comme celui ci au moins une fois 😉
    À très bientôt Nadia et tu vois je te l’avais dit je savais que tu y arriverais ( on s’en fiche des petits derniers kilomètres 😜 tu es trop forte admiration ) 😘

  4. Quel merveilleux récit plein d émotions j en ai eu les larmes aux yeux .,! Tes une Warrior ma chère nadia tu peux être fière de toi fière de ce que tu as fait c est magique quel bel exemple quelle belle personne tu es tout mon respect 😍😘

  5. Merci de partager ces moments uniques, bons et moins bons – c’est comme dans la vie – mais toujours avec un regard curieux et émerveillé et avec le parfum de l’amitié. Merci merci merci !

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