Ce n’était pas mon premier et ce ne sera certainement pas mon dernier. Chaque marathon est ressenti différent tant au niveau des émotions que des résultats. Et ce fut le cas pour mon 7ème. J’ai fini avec le sourire parce que finalement j’étais vraiment contente de le finir. Même si ce fut pénible. Ca va, y’a pire dans la vie que de rater une course.

Je tiens à rassurer certaines personnes qui pensaient vraiment que je partais en sas élite ! La bonne blague. C’était simplement Skechers qui avait eu l’idée de me le faire. Certains ont vraiment cru que je partais avec les Kényans. C’est mal me connaitre. J’aimerais bien aller aussi vite qu’eux. » Mais finalement, je raterais tellement de choses sur le parcours, n’est-ce pas ?

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Sans tomber dans le pathos, cela faisait deux mois que j’étais bien fatiguée. Je pensais que c’était normal avec l’entraînement que j’avais et mes journées bien physiques à l’école. Et puis, un jour, je vais voir le médecin qui me trouve bien blanche et bien cernée. Quelques analyses médicales plus tard, et l’annonce d’une belle grosse anémie. Je me dis que c’est rien par rapport à ce que j’ai eu. Je relativise. Sauf que le médecin m’interdit de faire ce marathon. C’est beaucoup trop intensif pour ce que j’ai et je risquais de tomber dans les pommes ou autres trucs pas terribles. Je me connais. Je sens que je m’essouffle beaucoup plus vite, les muscles sont plus durs. Mais je ne veux pas me donner d’excuses. C’est bon, j’ai dit que je le ferai, je le ferai.

J’arrive au Salon du Running pour retirer mon dossard, revoir les copains runners et les lecteurs du blog (merci à tous ! Sincèrement), assister aux conférences de presse et voir les différents produits. L’excitation est présente et je me sens bien. À l’entrée, je suis ravie de retrouver Karine et Martine. Je leur dis que je suis fatiguée. Bienveillantes, elles me font aussi tout un laïus sur le fait de prendre le départ ou non. Elles me disent de bien réfléchir. Je doute beaucoup car si je me suis laissée aller aux confidences avec elles, c’est aussi parce que je leur fais confiance. Je leur explique que je me me reposerai toute la journée de samedi et j’aviserai.

Et j’ai eu envie de courir ce Marathon de Paris 

J’avais promis à mon amie Sonia que j’allais courir le marathon avec elle. Et comme je m’étais préparée pour, je ne me voyais pas laisser ces mois d’entraînement s’envoler.

J’avais préparé mes affaires comme pour chaque veille de course. Le réveil sonne à 6h, j’avale les muffins sport faits la veille pour gagner du temps et de l’arnica pour anticiper les éventuelles crampes.  Je n’avais pas arrêté de la semaine qui précède. Je regardais la météo encore et encore. Je savais que la chaleur nous fera la misère. Mais voilà ! Alea jacta est. J’y vais. 

Déjà, dans le métro, les coureurs sont présents, dans leur bulle. J’avais rendez-vous avec Sonia, Guillaume et Hugo devant le métro Kléber. J’arrive la première, hyper sage. Puis Hugo. J’en profite pour demander de la crème solaire à la jeune fille à côté de nous. Elle accepte gentiment et heureusement car j’avais complètement oublié. Guillaume arrive puis Sonia. C’est bon, la bande des 4 est au complet. On se déplace vers les sas de départs.

Marathon de Paris 2017
La belle équipe !

Mes frères m’appellent affectueusement pour me voir avant de partir. Ils arborent avec fierté mon t-shirt déjà porté sur le Semi de Londres. Je les adore tellement. On se fixe déjà d’emmener nos autres frères pour avoir le record de la plus grande fratrie participante au marathon. On était déjà cinq sur le Semi de Paris.

Allez, il faut entrer dans le sas et il y a déjà la queue. J’observe autour de moi. Certains sont sereins et lisent les dernières nouvelles du Canard Enchaîné. Les jolis mots fleurissent de la bouche de Sonia, on rit et on est détendu. Une énergie festive mêlée au stress du départ se déploie autour de moi. Je brûle d’impatience d’en finir. On avance progressivement et là c’est le départ. J’oublie d’appuyer sur le bouton. Ce n’est qu’accessoire. Les lunettes de soleil sont ajustées, le visage est souriant : il n’y a plus qu’à.

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Je suis ravie de pouvoir courir encore une fois et je savoure ce plaisir.

La chaleur est bien présente. Je sens qu’elle sera ma principale ennemie. Je me suis entraînée, comme tant d’autres, en hiver. Et j’ai dû mal à courir sous la chaleur. Je m’étais bien hydratée, la semaine précédente et encore plus la veille. Je suis partie sans eau car je comptais bien sûr le ravitaillement pour en prendre. Sauf que… j’en aurai bien pris dès le 2ème kilomètre. Il a fallu attendre le 6ème. Et là, je sentais bien ma bouche sèche. J’aurais dû prendre ma propre gourde. Erreur de débutante. 

Merci Sichen pour la photo !


Néanmoins, je regardais le parcours avec toujours autant d’admiration. L’avenue des Champs-Elysées, la Grande Roue de la Concorde, la Tour Jean Sans Peur. On riait bien avec Sonia et Guillaume. Hugo, plus rapide, s’élançait déjà au loin. On le retrouvera plus tard sur notre groupe WhatsApp.

J’entendais la musique derrière moi. Qui étaient donc ces coureurs qui souhaitaient mettre de l’ambiance sur le parcours. La chanson « Belle » de la comédie musicale s’approche. C’est avec un grand sourire que l’on retrouve Yohan aka Lapin gainé tout sourire. Il est accompagné de ses acolytes et cela met du baume au coeur. On est encore plein d’énergie. L’arrivée à Bastille est pleine de spectacteurs qui attendent leur coureur/coureuse préféré(é). Enfin, un peu d’eau. J’en rêvais depuis un bon moment. Je prenais une bouteille que je buvais avec grand plaisir. Guillaume m’en donne une autre. Je la garde pour en boire régulièrement jusqu’au prochain ravito. Les oranges ont l’air succulentes mais j’attendrais. Je n’en avais pas besoin. Le fameux trio est recomposé pour repartir. Direction le Château de Vincennes. Je vous épargne la langueur monotone du parcours de Vincennes. Je ne l’aime pas. Heureusement, sur le parcours de Vincennes, l’adorable Anne-Laure (avec qui j’avais déjà couru) nous encourage fortement et nous prend en photo. Nous sommes encore souriants. Merci AL.


Je suis heureuse une fois arrivée vers le semi. Il fait chaud. On se rafraîchit comme on peut. Les fameuses « côtes de bâtard » dixit Sonia sont presque apprivoisées. J’ai l’impression de déjà vu. Forcément, après trois Marathons de Paris et un parcours d’entraînement typiquement parisien, je le connais par coeur. Je pourrais le faire les yeux fermés.

Sur les côtés, on sent la détresse de certains coureurs qui boitent, qui s’assoient sur le trottoir. Ca me fait de la peine tout de même. Certainement abandonneront à ce moment là. On avance sereinement. On savoure notre chance de courir cette belle course.

On revient vers Bastille tellement heureux d’avoir fait la première partie. Allez, intérieurement, je m’encourage. La foule est présente mais peu active. C’est même nous qui les motivons, pour vous dire. Et là, des spectacteurs bien sympathiques me lancent des encouragements « Allez Nadia «  !  Je prends même ceux destinés aux autres. Mes jambes sont bien. Le moral est top. On continue ! 

Les quais ! Et ses fameux tunnels. Perso, j’aime cette partie car cela signifie qu’on va vers l’arrivée. Même lointaine. J’observe encore beaucoup de spectateurs sur les ponts ! Paris est une fête, il fait beau. On profite.

Et puis, à un moment, sur le côté, les pompiers mettent un drap blanc verticalement pour éviter que les gens ne regardent ce qui se passe. Et ce n’est pas beau. La personne a fait un malaise. Et là, je cogite trop. Je pense à mes frères et à mes amis. Et je pense à moi. J’ai super peur. Je n’ai pas non plus envie de me retrouver sur une civière. Avec Guillaume et Sonia, On se regarde perplexe. Eh oh, on ne vas pas mourir pour une course. Finalement, on ralentit.

Pont De l’Alma. Guillaume a une pensée pour Lady Diana. « Comment ? » répétera Sonia ? Ce dialogue de sourds me fait sourire. Avec le bruit ambiant des pas qui foulent le bitume, on n’entend rien. La belle dame de fer apparaît et oui, j’ai envie de la prendre en photo. J’attends d’arriver un peu plus près. Enfin, je l’ai. Mes copines Elodie et Omayra devaient me rejoindre au 30ème. Je me prépare à les voir. Sauf que. L’une était malade et l’autre se battait avec l’application qui ne fonctionnait pas. Je ne suis pas seule.

Le ravitaillement du Trocadéro vient à point. J’ai vraiment soif et j’attends Sonia. Guillaume part vite aux toilettes. Je patiente puis le retrouve. En revanche, nous avons perdu Sonia. Ca nous embête vraiment parce qu’on voulait vraiment l’emmener jusqu’au bout. Le mur du 30ème est là. Penaud, on repart sans Sonia.

Steve, l’animateur est présent comme plusieurs années. Je retrouve aussi des amis en train de faire leur selfie avec Steve. Je reçois ses encouragements et nous avançons sans Sonia. Nous attendons une dizaine de minutes. Rien. On a super peur pour elle. On la contacte par téléphone et on appelle sa maman. Rien. J’avance et je vois Olivia et Marvin. Cela nous fait vraiment chaud au coeur. J’en profite pour leur demander s’ils ont vu Sonia et leur piquer un bonbon.

Bon, à force de piétiner, je sens que je vais en baver plus tard. On aurait dû continuer. Mais on ne voulait laisser Sonia non plus. Bref, on repart. On avance vers le Bois de Boulogne. Pendant ce temps, on cogite. On avait rendez-vous avec la maman de Sonia au 32ème. Et elle n’est pas présente. Bizarre. Et les cuisses commencent à durcir. Les mollets sont nickels. J’avais mes chaussettes de compression et je n’avais aucun problème. J’aurais dû mettre mon corsaire de compression. Tant pis ! C’est trop tard.

Le Bois de Boulogne ou la marche des zombies

J’ai remarqué que les coureurs s’arrêtaient plus tôt que d’habitude. Et pas que des débutants. Certains coureurs aux corps athlétiques et qui semblaient partis pour faire un chrono, se sont effondrés dans ce bois. Les copains étaient nombreux pour soutenir les défaillances. On s’encourageait aussi entre nous. Et puis sur le parcours ombragé, la voilà ! Nous retrouvons Sonia ! On est super content. Elle nous explique qu’elle avait dit à Steve qu’elle avançait. Sauf que. Steve, l’animateur du 30ème, n’avait jamais passé le message. J’étais dégoûtée d’avoir attendu comme cela. Bref, on avance ensemble. À ce moment, Je sens qu’elle est n’est pas bien. Elle marche. Nous aussi. Et puis, on reprend la course. Nos jambes étaient vraiment coupées et si on s’arrêtait encore une fois, c’était définitivement.

J’ai apprécié les lances d’eau car je n’arrivais même pas à transpirer, je n’avais même pas envie daller aux toilettes, pour tout vous dire. Je pense que j’étais à la limite de la déshydratation.

On arrive vers la Porte Dauphine ! Et là, c’est la délivrance ! Je trouve même ma force pour sprinter ! 

Pas une larme ! Mais un grand sourire, de la joie car malgré les difficultés, on a terminé !



Je l’ai fait. Pour la septième fois. Et j’ai  vraiment apprécié la médaille. Le temps de prendre des photos et me voilà repartie pour aller chercher cette médaille tant méritée.

Quelle fierté ! Je félicite aussi Guillaume et je laisse un message chaleureux à Sonia. Je devais partir rapidement pour ne pas rater le train.

En conclusion, j’ai foiré cette course. Je n’étais pas dedans à partir du 30ème. Pas à cause du mur. Je sentais la fatigue, je sentais mes cuisses me lâchaient. Je me sentais plus essoufflée et pourtant, je m’étais entraînée. J’avais  suivi les différents protocoles classiques de la course à pied. Et pourtant. En revanche, je ne me suis pas sentie frustrée. J’avais déjà ressenti de belles émotions auparavant, je savais que j’en ressentirais d’autres. Je me suis sentie paradoxalement plus forte. J’ai d’autres projets sportifs plus intensifs. Et il fallait que j’intègre cette échec pour mieux repartir.

Le prochain sera mieux !  

Nadia

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